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EXTRAITS ET NOTES

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Avertissement 

Le 23/11/1868, sous le numéro 83061, M. Ducos du Hauron (Louis), à Lectoure (Gers), dépose un brevet intitulé : Couleurs en photographie, solution du problème. "Exposé théorique du procédé Dans mon système, la couleur est, non pas engendrée, mais distribuée par le soleil, ce qui revient au même pour les résultats. Le problème de la reproduction photogénique des couleurs tels qu'on se l'est posé jusqu'à ce jour, consiste à trouver une substance unique, douée de la propriété de subir sous l'influence de la lumière une modification analogue à celle de rayons simples ou composés qui la frappent ; c'est à dire une substance qui, exposée à la lumière rouge devienne rouge, exposée à la lumière verte, devienne verte, à la lumière blanche, devienne blanche, etc. Or, le problème, tel que je l'ai conçu et résolu, est celui-ci : Obtenir par la superposition+ [appel de note contresignée en marge du texte : "ou l'incorporation de"] trois épreuves monochromes, fournies par les procédés ordinaires de la photographie, une épreuve unique, dans laquelle se trouvent reproduits à la fois la couleur et le modèle de la nature. Mon procédé repose sur ce principe que les couleurs simples se réduisent à trois, le rouge, le jaune et le bleu, dont les combinaisons en diverses proportions produisent l'infinie variété des nuances de la nature. Supposons trois feuilles ou pellicules incolores et parfaitement transparentes, supposons-les préparées de manière à donner sous l'influence de la lumière trois épreuves monochromes, l'une rouge, l'autre jaune et l'autre bleue, supposons enfin que ces trois épreuves par l'effet de la transparence de la matière dont elles sont formées, deviennent invisibles si on les place sur un fond noir, mais que, placées sur un fond blanc, elles apparaissent comme trois épreuves positives où les ombres du modèle sont représentées dans l'une par du rouge, dans l'autre par du jaune, et dans la troisième par du bleu, tandis que les clairs seront représentés par du blanc. Recevons sur la pellicule destinée à fournir l'épreuve rouge, l'image de la chambre obscure, et plaçons devant l'objectif un verre vert. Comme le jaune et le bleu sont les seules des trois couleurs simples que ce verre laisse passer, on obtiendra une épreuve positive rouge, sur laquelle la lumière jaune et la lumière bleue émanées de objets extérieurs auront seules formé leur empreinte en blanc et en demi-teinte suivant l'exacte proportion dans laquelle ces différentes lumières sont émises par ces mêmes objets. Quant au rouge, la seule couleurs simple qui soit interceptée par le verre vert, il sera représenté, de même que les ombres, par un rouge d'autant plus intense que dans la nature il sera plus isolé, c'est à dire moins mélangé aux deux autres couleurs simples. Recevons en second lieu l'image de la chambre obscure sur la pellicule destinée à fournir l'épreuve jaune, et plaçons devant l'objectif un verre violet. Comme le rouge et le bleu sont les seules des trois couleurs simples que ce verre laisse passer, on obtiendra, par la même raison, une seconde épreuve sur laquelle le jaune isolé, et les ombres seront seuls représentés par du jaune. Recevons en troisième lieu l'image de la chambre obscure sur la pellicule destinée à fournir l'épreuve bleue, et plaçons devant l'objectif un verre orangé. Comme le rouge et le jaune sont les seules des trois couleurs simples que ce verre laisse passer, on obtiendra une troisième épreuve sur laquelle le bleu, isolé, et les ombres seront seules représentés par du bleu. Or, supposons que l'on confonde ces trois épreuves en une seule, soit les incorporant les unes dans les autres, soit en les superposant exactement, et que de plus on applique cette triple épreuve sur un fond blanc ; on verra apparaître, par le fait même de cette incorporation et de cette superposition, une image présentant non-seulement les couleurs simples, mais les couleurs composées et toutes les oppositions d'ombre et de lumière de la nature. En effet, sur ce fond blanc qui a la propriété de réfléchir les trois couleurs simples, celles-ci en se mélangeant deux à deux en diverses proportions, produiront les couleurs binaires, c'est à dire les oranges, les verts et les violets, et, en se mélangeant toutes les trois, en différentes proportions, s'éteindront partiellement ou totalement, et produiront les ombres, c'est à dire les gris, les couleurs foncées, les bruns et le noir. Le même phénomène se produira si, au lieu de regarder cette triple image par réflexion sur un fond blanc, on la regarde par transparence Or, nous avons supposé jusqu'à présent ces trois épreuves monochromes obtenues au foyer même de la chambre noire à l'aide de verres colorés ; on pourra également les obtenir à la lumière blanche, par l'intermédiaire de clichés positifs ne présentant que des oppositions de noir et de blanc, mais qui, étant obtenus eux-mêmes directement dans la chambre noire à travers des verres de couleur, l'un vert, l'autre violet et le troisième orangé, différeront entre eux sous ce rapport que ce ne seront pas les mêmes couleurs simples qui s'y trouveront représentées en clair ou en noir. De plus, les trois épreuves monochromes qui doivent par leur réunion former l'image, pourront être obtenues par des procédés négatifs, c'est à dire par des procédés qui donneraient directement sous l'influence de la lumière trois épreuves positives, il faudra les obtenir indirectement en ayant recours à trois clichés négatifs. Enfin, en appliquant cette méthode aux procédés connus de lithophotographie, de chromolithographie et de gravure héliographique, on obtiendra, soit directement, soit par l'intermédiaire de clichés positifs ou négatifs, et toujours à l'aide de verres colorés, trois empreintes ou matrices, planches gravées, etc., engendrées par les rayons des diverses couleurs simples, et susceptibles de fournir par un triple tirage sur papier, étoffe, etc., un nombre illimité d'images héliochromiques constituées par trois encres de couleur. On obtiendra encore, par le même système, des héliochromies émaillées et vitrifiées. Description pratique du Procédé Je vais décrire maintenant mon procédé, tel que je l'ai appliqué, avec des modifications que la pratique a apporté à la théorie. Je commence par me procurer au moyen des sels d'argent, trois clichés négatifs ; le premier à l'aide d'un verre vert, le second à l'aide d'un verre violet, et le troisième à l'aide d'un verre orangé. Ensuite je recouvre trois feuilles de mica, ou bien trois pellicules de caoutchouc vitrifié, de trois préparations différentes : sur l'une de ces feuilles ou pellicules, j'étends une couche de gélatine bichromatée, enduite d'une matière colorante rouge ; sur la second j'étends une couche de gélatine bichromatée colorée en jaune, et sur la troisième j'étends une couche de gélatine bichromatée colorée en bleu. Les trois matières colorantes doivent être insolubles dans l'eau. Puis j'impressionne chacune de ces trois pellicules à la lumière blanche sous un cliché différent, savoir : la pellicule recouverte de la préparation rouge, à travers le cliché obtenu par le verre vert ; la pellicule recouverte de la préparation jaune, à travers le cliché obtenu par le verre violet ; et enfin, la pellicule recouverte de la préparation bleue, à travers le cliché obtenu par le verre orangé. Cette impression se fait par le verso de la pellicule, c'est à dire par le côté non-préparé. En immergeant ensuite ces trois pellicules dans l'eau chaude, les parties de ces diverses couches colorées qui n'ont pas insolubilisées par la lumière, celle qui correspondent aux ombres des clichés, se dissolvent ; et j'obtiens ainsi mes trois positifs monochromes. En appliquant ces trois positifs sur un fond blanc, et les faisant glisser les uns sur les autres jusqu'à ce que les contours des objets se correspondent exactement, opération du reste prompte et facile, on voit s'engendrer comme par enchantement un tableau offrant des colorations et des oppositions d'ombre et de lumière analogues à celles du modèle. Pour maintenir la coïncidence et le contact des trois pellicules, il suffit de les coller les uns sur les autres et sur le fond blanc avec un enduit résineux, ou de les maintenir pressées sous un verre. Si l'on désire avoir un tableau transparent, c'est à dire destiné à produire son effet étant vu à travers le jour, on colle tout simplement les pellicules les unes sur les autres en leur superposant, si cela est nécessaire, une feuille de papier ciré ; ou bien l'on se contente de les maintenir pressées entre deux verres, dont l'un est dépoli. Obtention des trois clichés négatifs. Je ne me sers, à cet effet, du bromure d'argent, qui est, parmi les substances que j'ai expérimentées, la plus sensible aux couleurs peu photogéniques. Ces clichés, chose curieuse, ne paraissent pas pouvoir s'obtenir par le procédé de continuation connus jusqu'à ce jour ; du moins le cliché fourni par le verre vert et par le verre orangé. Ils s'obtiennent tout simplement par la lumière seule, au moyen d'une méthode qui est analogue à celle qui est usitée pour le tirage des positifs au chlorure d'argent sur papier, mais ils peuvent néanmoins se renforcer une fois que le sel d'argent a été dissous par le fixateur. Le renforçage s'effectue au moyen des liquides qui servent, dans la photographie ordinaire, à développer les clichés avant le fixage. Pour obtenir ces clichés sur papier, je commence par faire flotter les feuilles sur une solution de bromure de potassium à 5 pour 100. Je les sensibilise, au moment de m'en servir, sur une solution de nitrate d'argent à 20 pour 100, à laquelle on peut ajouter 5 pour 100 d'acide tartrique. Une fois que le papier est sec, je le soumets pendant quelques minutes dans une boite aux vapeurs ammoniacales de l'alcali volatil concret. Après cette dernière opération, il est prêt à être employé dans la chambre noire. Le cliché fourni par le verre violet peut s'obtenir, avec avantage peut-être, sous le rapport du modèle, sur un papier préparé au chlorure d'argent ; il suffit de remplacer, pour ce cliché-là seulement, le bain de bromure par un bain de chlorure au même titre. Les verres colorés doivent avoir tout juste l'intensité nécessaire pour donner des résultats suffisamment marqués ; pour peu qu'ils deviennent foncés, ils absorbent une grande quantité de lumière et rendent la pose beaucoup plus longue. Le verre doit être d'une nuance telle, que, sous son influence, le jaune, le vert et le bleu noircissent également bien le bromure d'argent. Le verre violet ne doit pas être précisément violet, mais d'un bleu violacé. Le verre bleu que l'on trouve le plus répandu dans le commerce est de la nuance voulue. Ici se présente un fait physique en désaccord avec la théorie : si l'on employait un verre d'une nuance de violet telle que, sous son influence, le rouge, le violet et le bleu noircissent également bien le sel d'argent employé, bromure ou chlorure, on aurait un cliché dans lequel le jaune lui-même serait imprimé en noir, et dans lequel le vert seul et les ombres seraient laissées en blanc. Ce phénomène s'explique aisément : Les objets qui nous paraissent être du jaune le plus pur émettent, en outre de la lumière jaune, une forte proportion de lumière rouge. Si ce rouge n'est pas appréciable à la vue, c'est que le jaune domine en vertu de son pouvoir éclairant beaucoup plus fort. En conséquence, il faut employer un verre d'un violet presque bleu, sous l'influence duquel le bleu et même le violet s'impriment fortement en noir, mais le rouge presque pas, ou même point du tout. Le cliché ainsi obtenu fournira, il est vrai, un positif jaune dans lequel seront représentés par du jaune non-seulement le jaune, mais le rouge ; mais ce jaune en venant s'appliquer sur le rouge lorsqu'on superposera les trois positifs, ne le modifiera que d'une manière peu sensible, par cette même raison que le jaune contient le rouge d'une manière en quelque sorte latente, et qu'il se trouve toujours associé à cette couleur. Aussi se produira-t-il une absorption du jaune et non du rouge. Tout le monde a remarqué, en effet, que si l'on superpose un verre jaune à un verre rouge, la couleur de ce dernier verre n'est presque pas modifiée ; pour que cette superposition produise l'orangé, il faut que le verre rouge soit très clair comparativement au verre jaune ; c'est à dire d'une teinte rosée, afin qu'une partie seulement du jaune soit absorbée. Il y a plus : dans la superposition du positif du rouge au positif du jaune, le jaune, loin de nuire au rouge, ne fait que le ramener à un ton plus vrai, attendu que le rouge lui-même n'est pas pur, et se trouve souvent associé, lorsqu'il est peu foncé, à une certaine quantité de bleu : on a pu le remarquer, par exemple, pour le carmin, lequel, étendu en couche légère sur un fond blanc, paraît d'un rouge ou d'un rose légèrement violacé. La teinte du verre orangé peut varier dans une limite assez étendue sans que les résultats soient notablement modifiés. On pourrait même, à la rigueur, et dans la reproduction de certains sujets où la couleur verte ne se trouve pas, se servir à volonté d'un verre rouge ou d'un verre jaune. En effet, la lumière rouge, qui est émise en abondance par les objets jaunes, pénètre le verre rouge, de sorte que l'image de ceux-ci s'imprime presque aussi fortement que celle des objets rouges, et d'un autre côté, la lumière rouge émise par les objets rouges traverse en grande partie le verre jaune, qui est très perméable au rouge, et agit d'une manière très sensible sur le bromure d'argent. Les verres colorés peuvent être placés soit devant l'objectif, soit entre l'objectif et la surface sensible, soit même en contact avec celle-ci ; dans ce dernier cas, leurs imperfections nuisent moins à la pureté de l'image, et on a la faculté d'employer des glaces incolores, recouvertes, par exemple, d'une couche uniforme de gélatine colorée. Cette couche se trouvant en contact avec la surface sensible, il n'est plus nécessaire qu'elle soit d'une transparence parfaite, il suffit qu'elle soit translucide. On peut ainsi se procurer des glaces colorées ayant juste la nuance voulue, chose qu'il n'est pas toujours facile de trouver dans le commerce. Les verres colorés se remplaceraient, si on voulait, par des liquides de couleur renfermés entre deux glaces. Les trois clichés peuvent s'obtenir successivement avec un même objectif, ou simultanément au moyen de trois objectifs très rapprochés les uns des autres, et que l'on ouvre et ferme en même temps, afin que dans la reproduction d'un paysage éclairé par le soleil, le déplacement progressif de cet astre, et par suite le déplacement plus ou moins sensible des ombres des objets, produise des ombres fondues identiques dans les trois clichés. Pour que ceux-ci acquièrent dans un même laps de temps le même degré d'intensité, malgré la différence d'actinisme des rayons que les trois verres colorés laissent passer, je retarde la formation de certains de ces clichés, notamment de celui qui est fourni par le verre bleu violacé, en diaphragment plus ou moins les objectifs correspondants. L'ouverture des diaphragmes doit d'ailleurs varier suivant les heures du jour, la lumière de l'après-midi contenant moins de rayons bleus que celle du matin. On peut encore, lorsque le sujet à reproduire offre des ombres changeantes, se borner à poser, trois jours consécutifs, avec un même objectif en l'ouvrant et le fermant aux mêmes heures. Pour le placer chaque fois à une position identique, on détermine celle-ci au moyen, par exemple, d'un fil à plomb d'une longueur donnée, dont l'extrémité aboutit à une marque pratiquée sur le sol. De cette manière les trois images, étant prises exactement d'un même point de vue, ne présentent plus cette légère différence de lignes de perspective, qui résulte de l'écart des trois objectifs, lorsque ceux-ci sont de grande dimension, et qui empêche, lorsqu'on applique les trois positifs monochromes les uns sur les autres, de superposer à la fois, avec une précision satisfaisante, les objets situés sur des plans trop différents. Après une pose assez prolongée pour que, au sortir de la chambre noire, les trois images sur papier soient bien apparentes quoique d'une faible intensité, je les lave à l'eau pour enlever l'excès de nitrate d'argent, et je les fixe dans un bain d'hyposulfite de soude, où elles se dégradent et disparaissent presque complètement. Je les lave de nouveau à plusieurs eaux, et les passe, pendant quelques instants seulement, dans une solution étendue d'acide nitrique. Je les lave encore ; après quoi je procède au renforçage, qui s'effectue au moyen d'une solution d'acide gallique additionné de nitrate d'argent et d'acide acétique ou citrique. Dans ce dernier bain, les épreuves reprennent non-seulement l'intensité qu'elles avaient avant le fixage, mais finissant par acquérir une grande rigueur. Pour les terminer, il ne reste plus qu'à les laver à plusieurs eaux. Le passage préalable des épreuves dans l'acide nitrique étendu a pour but d'empêcher la formation d'un voile rougeâtre, qui ne manquerait pas de se produire pendant le renforçage. Si les épreuves, une fois sèches, n'ont pas encore la vigueur voulue, je les traite de nouveau par le bain d'acide gallique, où elles peuvent encore gagner en intensité. Cette opération peut même être renouvelée plusieurs fois. J'obtiens des noirs encore plus vifs, et j'abrège beaucoup la pose à la chambre noire, en ajoutant au bain renforçage quelques gouttes concentrées d'acétate de plomb. On connaît que le cliché obtenu par le verre vert a l'intensité voulue, lorsque le jaune, le vert et le bleu s'y trouvent fortement accusés sans avoir atteint cependant le noir absolu. Dans le cliché obtenu par le verre bleu violacé, le bleu et le violet doivent être fortement imprimés. Dans le cliché obtenu par le verre orangé, c'est le rouge, l'orange et le jaune. On me demandera pourquoi, au lieu d'employer le liquide développateur avant le fixage des épreuves, c'est à dire avant que le sel d'argent soit dissous, je ne l'emploie qu'ensuite, contrairement à la marche ordinairement suivie. Voici ma réponse : Si je n'intervertissait pas l'ordre de ces deux opérations, d'étranges anomalies se produiraient : en effet, tandis que la pose serait réduite énormément pour le cliché donné par le verre bleu violacé, elle ne le serait que médiocrement pour le cliché donné par le verre vert, et que d'une manière presque nulle pour le cliché fourni par le verre orangé ; et une chose paraîtra plus extraordinaire encore relativement à ces deux derniers clichés, c'est que si, avec une pose assez courte, une image se révélait, elle serait en tous points identique à celle qu'on obtiendrait au moyen d'un verre d'un bleu pur ou sans aucun verre coloré ; c'est à dire que le bleu et ses composés, le violet, le vert, le blanc, le gris, s'y trouveraient seuls imprimés en noir ou en demi-teinte, comme si le développateur n'avait continué que l'action de la faible quantité de lumière bleue que le verre vert et le verre orangé laissent passer, quantité imperceptible pour ce dernier. Il est vrai qu'avec un verre orangé foncé, le développateur cesse de révéler cette action de la lumière bleue, mais il faut alors, pour obtenir l'image, une pose plus longue encore que si l'on s'était servi d'un verre orangé clair, en la laissant s'achever par la lumière seule, et le développateur n'apporte qu'un bien faible appoint à une image qui déjà au sortir de la chambre noire, a presque l'intensité voulue. Ces dernières expériences, faites non-seulement sur papier, mais sur des glaces préparées au collodion sec et humide, avec différents développateurs et des verres de couleurs variées, m'ont prouvé que parmi les trois couleurs simples, le bleu est la seule qui communique, à un degré éminent, aux sels d'argent (iodure, bromure, chlorure) le pouvoir d'attirer les particules naissantes d'argent éliminées par les réducteurs. Il y a dans ce rapport, une analogie frappante entre le rôle de ces réducteurs et le rôle des rayons continuateurs rouge et jaune, à l'égard des rayons bleus. On le voit, la meilleure méthode pour obtenir mes trois clichés se résume en deux conditions : 1° se servir de verres peu foncés ; 2° ne développer qu'après le fixage. Parmi les sels d'argent, le bromure est considéré comme presque également impressionnable, aux divers rayons colorés. Cette appréciation est exacte s'il s'agit d'images obtenues par la lumière seule et sans le secours d'agents développateurs ; dans ce cas il ne faut, en effet, pour avoir une image avec un verre orangé ou rouge, que 4 ou 5 fois plus de pose que si l'on se servait d'un verre bleu de même intensité, au lieu qu'avec le chlorure d'argent, par exemple, il faudrait une pose 40 ou 50 fois plus prolongée. Mais si l'on emploie des agents développateurs (avant le fixage), la pose offrira des différences considérables suivant la couleur des verres : avec un verre rouge, orangé ou jaune, elle sera d'une moitié ou d'un tiers environ de ce qu'elle serait sans le secours des agents développateurs, tandis qu'avec un verre bleu, elle sera un millier de fois plus courte. Il est bien entendu que le verre rouge, orangé ou jaune doit être assez foncé pour ne laisser passer aucune quantité appréciable de bleu. Il suit de là que les résultats avantageux fournis par le bromure d'argent dans la photographie ordinaire, en ce qui concerne l'impression des couleurs anti-photogéniques, doivent être attribués seulement à des effets de modelé. Un cliché obtenu au bromure d'argent étant naturellement plus uniforme et moins heurté qu'un cliché obtenu à l'iodure, par exemple, la faible quantité de lumière bleue émise par les objets de couleurs anti-photogéniques donne une empreinte plus sensible de ces mêmes objets sur le premier cliché que sur le second. On exécutera mes trois clichés sur verre ou sur mica, pellicule, etc., en opérant d'après une méthode analogue à celle que j'ai indiquée pour le papier, et en se servant d'une albumine ou d'un collodion fortement bromuré. On accompagnera également q'un excès de nitrate d'argent ou de tout autre sel accélérateur, le bromure d'argent formé dans la couche d'albumine ou de collodion. Exposer en outre la surface sensible, une fois sèche, aux vapeurs de l'alcali volatil concret. Obtention des trois positifs monochromes. On peut employer différents moyens pour colorer la gélatine bichromatée. Jusqu'à présent, j'ai procédé comme il suit : Pour la préparation rouge, je fais une dissolution de carmin dans l'ammoniaque ; j'y ajoute le bichromate et la gélatine ; et il ne reste plus qu'à dissoudre celle-ci par la chaleur au moment où l'on veut étendre le mélange sur la feuille de mica ou sur la pellicule de caoutchouc vitrifié. Après l'insolubilisation partielle de la couche par la lumière, l'image se dépouille au moyen d'eau chaude sans ammoniaque (ne point perdre de vue que l'insolation se fait par le verso.--- Pour faire la préparation jaune, j'étends de la gélatine pure sur la feuille ou pellicule ; et, dès que la couche est prise en gelée, j'immerge pendant quelques temps cette feuille ou pellicule dans une dissolution très étendue d'acétate de plomb, ou bien je me contente de la faire flotter à la surface du bain sur le côté où se trouve la couche ; je la retire, et après l'avoir fait égoutter, je la traite par une dissolution étendue d'un bichromate qui sert à sa sensibilisation.- Pour obtenir la préparation bleue, je délaie du bleu de Prusse en pastille dans une dissolution tiède ou modérément chaude de gélatine. Le bleu de Prusse pourrait, de même que le jaune de chrome, se former par double décomposition dans la couche de gélatine, une fois qu'elle est prise en gellée. Il suffirait de traiter la couche, d'abord par un bain très étendu de perchlorure de fer, et ensuite par un bain de prussiate jaune de potasse, de la laver à l'eau pure pour enlever l'excès de prussiate de potasse, et de la sensibiliser ensuite dans un bain de bichromate. On pourrait encore former le bleu au moyen de deux bains successifs, l'un de proto-sulfate de fer et l'autre de prussiate rouge de potasse. Comme le jaune de chrome est une couleur peu transparente, l'épreuve constituée par cette couleur doit être placée au dessous des deux autres et en contact avec le fond blanc. Je jaune de chrome est néanmoins assez translucide pour pouvoir être employé dans les héliochromies destinées à être vues à travers le jour. Les quantités de matières colorantes que l'on doit introduire dans la gélatine pour avoir des positifs offrant le modèle le plus convenable ; varient suivant l'intensité des clichés, et suivant que les positifs eux-mêmes sont destinés à être vus par réflexion ou par transparence. Application. L'impossibilité d'obtenir par des procédés rapides de continuation les clichés fournis par le verre vert et le verre orangé, fait que mon procédé d'héliochromie ne paraît pas pouvoir être utilisé, du moins jusqu'à nouvel ordre, pour le portrait mais seulement pour les sujets inanimés (paysages, fleurs, tableaux, etc.). En revanche, il est très pratique, très industriel et assurément fort remarquable dans ses résultats comme couleur, modelé et harmonie des effets. On est dédommagé de la lenteur avec laquelle se forment les clichés négatifs dans la chambre noire, par la célérité du tirage, en nombre illimité, des positifs monochromes. Mon procédé peut servir à obtenir par contact, à la lumière directe et sous les verres colorés, des reproductions opaques ou transparentes de diaphanies et de vitraux. Comme, en pareil cas, l'impression lumineuse est beaucoup plus prompte que dans la chambre noire, il n'est plus nécessaire la plupart du temps, de recourir aux procédés de renforçage ; on laisse les clichés négatifs se former sous châssis jusqu'à ce qu'ils aient acquis, sous la seule influence de la lumière, une intensité un peu plus grande que celle qu'ils doivent avoir après le fixage. Seulement, il est indispensable de soumettre le papier sensibilisé et sec aux vapeurs de l'alcali volatil concret ; sans cette précaution, le bromure d'argent ne donnerait, même en présence d'un excès de nitrate d'argent et avec des dosages élevé, que des images très faibles ; l'action de la lumière serait d'ailleurs beaucoup plus lente. Le papier sensibilisé sur un bain d'argent contenant de l'acide tartrique, et exposé ensuite aux vapeurs ammoniacales, m'a donné le plus haut degré de vigueur et de rapidité. Les épreuves sont lavées à l'eau pure avant le fixage ; l'épreuve que fournit le verre bleu violacé, peut se faire avec avantage quelquefois, au chlorure d'argent. On obtiendra encore des reproductions d'objets colorés transparents, au moyen de l'appareil d'agrandissement, ou mégascope solaire. Ainsi que je l'ai dit dans l'exposé théorique du procédé, mes héliochromies pourraient se multiplier par la presse au moyen de trois encres de couleur que le rouleau déposera sur trois empreintes ou matrices, planches gravées, etc., engendrés par les rayons des diverses couleurs simples, directement ou par l'intermédiaire de clichés. Je rappellerait également que par mon système, on peut obtenir des héliochromies émaillées et vitrifiées. Il existe d'autres moyens que l'industrie pourra adopter, dans une certaine mesure, pour obtenir les trois positifs monochromes. Ainsi, au lieu d'avoir recours à des préparations de gélatines bichromatées et colorées, on emploiera d'autres préparations déjà connues en photographies et susceptibles de donner des épreuves rouges, jaunes et bleues. Je citerai notamment le mélange de perchlorure de fer de d'acide tartrique, lequel, étendu sur une surface quelconque, n'est pas hygroscopique, mais le devient rapidement sous l'influence de la lumière, et acquiert ainsi la propriété d'attirer les poudres colorées impalpables qu'on promène sur cette surface. Je citerai encore le mélange de sucre avec un bichromate : ce mélange, à l'inverse de la préparation précédente, est déliquescent, et devient sec à la lumière. En ce cas, on se servira de clichés positifs, qui devront être obtenus eux-mêmes par l'intermédiaire de clichés négatifs au bromure d'argent. On emploiera également le mélange de gélatine, de perchlorure de fer et d'acide tartrique, unis à une matière colorante, rouge, jaune ou bleue : ce mélange forme une couche insoluble, qui devient soluble sous l'action de la lumière. Supplément Autres manières d'opérer J'ai imaginé d'autres méthodes d'héliochromie, toutes basée sur ce même principe des trois couleurs simples, le rouge, le jaune et le bleu, et sur un tamisage analogue des couleurs simples à travers différents milieux colorés. Bien que ces méthodes n'aient probablement pas tout l'avenir du procédé que je viens de décrire, elles n'en méritent pas moins de trouver place dans ce mémoire et d'être comprises dans ce brevet. Les trois positifs monochromes peuvent être constitués par trois couleurs, rouge, jaune et bleue, non plus transparentes, mais opaques et réfléchissantes, formant les clairs de l'image, laquelle devra être placée cette fois sur un fond noir. Alors le blanc résultera, non plus de l'absence de matières colorantes, mais de la réunion des trois couleurs, étendues sur des pellicules transparentes, ou sur des feuilles de mica, en couches assez légères pour que chaque image laisse voir celle qui est placée en dessous. Les noirs, à leur tour ne seront plus constitués par la réunion de trois couleurs simples transparentes s'éteignant par leur superposition sur un fond blanc, mais au contraire par l'absence de toute couleur réfléchissante. Pour obtenir cette sorte de tableau, il ne faut plus se servir de verres de couleurs binaires, vert, violet et orangé, complémentaires de celles des positifs ; il faut se servir de verres de couleurs simples : ainsi le positif rouge doit être fourni par un verre rouge, le positif jaune par un verre jaune, et le positif bleu par un verre bleu. Ces trois positifs monochromes peuvent bien entendu, s'obtenir soit directement au foyer même de la chambre noire, soit, ce qui est préférable dans la pratique, par l'intermédiaire de trois clichés positifs ; et ces clichés positifs seront eux-mêmes obtenus directement, ou, ce qui vaut mieux encore, à l'aide de clichés négatifs au bromure d'argent. La lumière rouge qui est émise en abondance par les objets jaunes pénètre le verre rouge ; aussi leur image est presque aussi fortement imprimée sur le cliché du rouge et par suite sur le positif rouge que celle des objets rouges eux-mêmes. Mais le jaune en venant s'appliquer sur ce rouge, lorsqu'on superposera les trois positifs, ne sera plus absorbé comme lorsqu'on superposait des couleurs transparentes sur un fond blanc, mais, il dominera en vertu de son fort pouvoir éclairant ; et le résultat de la superposition, au lieu d'être le rouge comme dans le premier cas, sera le jaune. De sorte que dans la première, les objets rouges restent rouges ; dans la seconde, les objets jaunes restent jaunes Comme un verre jaune est très perméable au rouge, et comme ce rouge agit moitié autant que le jaune sur le bromure d'argent, il vaut mieux se servir d'un verre jaune verdâtre. Si l'on employait un verre jaune, la couleur des objets rouges serait très altérée par une quantité assez forte de matière jaune réfléchissante. Le verre bleu doit différer notablement de celui qu'on trouve le plus répandu dans le commerce, lequel est d'un bleu légèrement violacé. On le remplace facilement par une glace recouverte d'une couche uniforme de gélatine, colorée en bleu par le bleu de Prusse. Si cette couche ne laisse voir qu'imparfaitement la jaune des objets, il suffit de la mettre en contact avec la surface sensible. Les positifs monochromes doivent, de même que les positifs directs sur collodion, être très faibles, vus par transparence. Par conséquent, la gélatine bichromatée doit être très peu colorée ; autrement dit, la couleur doit être répartie dans une couche relativement épaisse de gélatine. Les matières destinées à produire cette coloration, doivent être particulièrement choisies parmi les substances minérales. On peut les former par double décomposition dans la couche même de gélatine une fois qu'elle est prise en gelée, ainsi que je l'ai indiqué plus haut relativement au jaune de chrome. On peut encore obtenir des couleurs réfléchissantes au moyen de trois transparentes, rouge, jaune et bleue, qu'on mêle à une couleur blanche minérale. Par cette méthode, on obtient des tableaux assez pâles, si on les compare à ceux fournis par la méthode que j'ai précédemment décrite, et qui fait l'objet principal de ce mémoire. En outre, les blancs ne sont représentés en réalité que par degrés. On arrive à des résultats préférables, on réalise mieux le phénomène à l'aide d'un procédé d'optique très curieux. Ce procédé consiste à faire trois clichés au bromure d'argent, en se servant de trois verres, rouge, jaune et bleu ; à l'aide de ces trois clichés, on se procure trois positifs ordinaires, c'est à dire incolores, par le procédé au charbon sur pellicule ; puis, on applique chacun de ces trois positifs sur un fond offrant la couleur du verre qui a servi à obtenir son cliché. Ce fond peut être opaque ou bien être lui-même un verre coloré, si l'on désire éclairer l'épreuve par transparence. On a ainsi les trois positifs monochromes : dans l'un, le rouge et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du rouge ; dans le second, le jaune et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du jaune ; et dans le troisième, le bleu et ses composés, y compris le blanc, sont représentés par du bleu. Dans les trois épreuves, les ombres sont représentées par du noir. Si l'on projète les images de ces trois épreuves sur une surface blanche au moyen de trois lentilles, disposées de telle sorte que les trois images se superposent exactement, on voit apparaître sur l'écran une image polychrome, qui est la représentation fidèle de la nature. Pour superposer à l'œil les trois épreuves, on peut, au lieu de se servir d'un appareil polyoramique à trois lentilles, employer un appareil composé de trois glaces sans tain placées les unes derrière les autres par rapport à l'œil du spectateur, auquel elles envoient chacune par réflexion une épreuve différente. Pour éviter que l'image de chaque épreuve se dédouble par réflexion sur les deux faces parallèles de la glace correspondante, il est nécessaire de disposer, entre l'épreuve et la glace, une lentille convergente, ou verre d'optique, dont le grossissement aura pour effet de placer l'épreuve à une distance telle que le dédoublement devienne insensible. Enfin, il existe une dernière méthode par laquelle la triple opération se fait sur une seule surface. Le tamisage des trois couleurs simples s'accompli, non-plus au moyen de verres colorés, mais au moyen d'une feuille translucide, recouverte mécaniquement d'un grain de trois couleurs. Concevons en effet un papier dont la surface est entièrement recouverte de raies alternativement rouges, jaunes et bleues, aussi minces que possible, d'égale largeur et sans solution de continuité. Ce papier étant vu de très près, on distingue les trois couleurs des raies ; mais, à distance, elles se confondront en une teinte unique, qui sera blanche si on le regarde par transparence et grise si on le regarde par réflexion (en supposant du moins que l'éclat relatif de ces trois sortes de raies ait été combinées à ce qu'aucune d'elles ne domine). Et si on reçoit sur ce même papier l'image de la chambre obscure, cette image vue à distance, sera la même que si le papier était réellement blanc. Or, un papier de cette espèce jouit de la remarquable propriété de fournir, soit par un travail d'artiste exécuté au crayon noir, soit par la lumière à l'aide des procédés directs ou indirects de la photographie ordinaire, un tableau dans lequel les couleurs naturelles sont reproduites avec un certain degré de vérité. Supposons que l'on veuille, sur ce papier, qui présente une teinte neutre uniforme, faire naître, par exemple, une coloration rouge ; il suffira de couvrir de hachures, au moyen d'un crayon noir foncé, les raies jaunes et les raies bleues. Veut-on obtenir la teinte violette : on éteindra de la même manière les raies jaunes, sauf à affaiblir, si l'on veut, le trop grand éclat du violet (trop grand puisqu'il est dû aux deux raies à la fois), en ombrant légèrement au crayon les raies rouges et les raies bleues. Pour produire le gris, on atténuera l'éclat des trois raies ; pour ce qui est du noir, il s'obtiendra naturellement par leur extinction totale. Ce qu'une main intelligente a tracé sur ce papier, la nature peut le produire par ses seules forces. En effet, imaginons que l'on recouvre la surface de ce papier, du côté où sont imprimées les raies, d'une préparation qui donne directement sous l'influence de la lumière une épreuve positive, et que l'on reçoive sur son verso, c'est à dire sur le côté non-recouvert de raies, l'image de la chambre obscure : il arrivera que les trois couleurs simples se tamiseront à travers ce papier, et formeront chacune leur empreinte positive, c'est à dire leur empreinte en clair, sur la raie de la couleur correspondante ; et les trois empreintes se formeront avec la même rapidité, malgré l'inégal degré d'actinisme des trois couleurs simples, si l'on a eu soin de donner à chacune des trois sortes de raies, une translucidité relative inverse du pouvoir photogénique de ces mêmes couleurs sur la préparation employée. Cette inégale translucidité peut être produite au moyen de raies sombres exécutées préalablement sur le verso de la feuille ; et le moyen le plus simple d'obtenir ces raies sombre consiste à sensibiliser négativement, au chlorure d'argent par exemple, le verso de la feuille et à exposer le recto à la lumière diffuse jusqu'à ce que celle-ci ait formé par son action inégale à travers les diverse sortes de raies colorées, des raies sombres possédant des degrés d'opacité voulus. Pour rendre tout à fait pratique cette méthode des trois raies, il faut employer de préférence, comme auxiliaires, les procédés indirects de la photographie. On aura une fois pour toute une pellicule unique, ou feuille de mica, recouverte sur un côté de raies rouges, jaunes et bleues, de couleur intense, et sur l'autre côté, de raies inégalement sombres. On se sert alors de cette pellicule comme tamis pour obtenir sur d'autres surfaces, mises en contact avec elle (papier, verre, etc.), des clichés négatifs au bromure d'argent. Chacun de ces clichés fournira à son tour, des positifs de couleur noire au charbon sur pellicule, verre ou mica, etc., et il ne restera plus qu'à appliquer chacun de ces positifs sur une surface opaque ou transparente, recouverte mécaniquement de raies rouges, jaunes et bleues, correspondant une à une par leur position aux raies de la pellicule qui a servi au tamisage des rayons de couleurs simples. Les raies colorées peuvent être exécutées, soit par des procédés purement mécaniques ou chimiques, tels que la chromolithographie, soit par la photographie elle-même, au moyen d'écrans noirs à raies transparentes, réduites par la chambre noire, et au travers desquelles on exposera à l'action de la lumière des préparations de gélatine (ou gomme, albumine, etc.) bichromatée et colorée. Les trois sortes de raies, au lieu d'être imprimées sur une même pellicule, peuvent, pour plus de facilité, s'exécuter sur trois pellicules, qu'on superpose ensuite de manière à produire la juxtaposition des raies. Les raies jaunes doivent être remplacées, sur la pellicule-tamis, par des raies d'un jaune verdâtre, j'en ai dit d'ailleurs la raison. Au sujet des procédés décrits en dernier lieu, je renouvellerai une recommandation déjà faite pour les clichés négatifs : ne développer qu'après le fixage. Les diverses méthodes exposées dans ce supplément donneront très fidèlement les couleurs principales et les nuances de la nature, sauf, je dois l'avouer, les composés binaires du jaune, c'est-à-dire le vert et l'orangé, lesquels n'ont pas (du moins dans mes expériences personnelles) la même beauté que les autres teintes. Il m'a semblé que ces deux couleurs ne se produisent dans toute leur vérité et dans toute leur richesse que par la superposition réelle et matérielle des couleurs composantes, comme dans le cas des pellicules à couleurs transparentes disposées sur un fond blanc, ou bien par un mélange moléculaire, comme celui qui s'opère sur la palette du peintre. Toute superposition optique ne paraît donner relativement à ces deux couleurs, que des résultats plus ou moins approchants, ainsi qu'on peut s'en convaincre au moyen d'une expérience facile : elle consiste à faire tourner rapidement autour de leur centre deux disques, recouverts, l'un de secteurs rouges et jaunes, l'autre de secteurs jaunes et bleus. En résumé, la méthode capitale consiste à superposer matériellement sur un fond blanc trois positifs monochromes à couleurs transparentes, donnés chacun, directement ou indirectement, par un verre de la couleur binaire complémentaire de la sienne. Je ne terminerai pas ce travail sans signaler une application scientifique importante : C'est en essayant de reproduire le spectre solaire par mes divers procédés, qu'on reconnaîtra s'il est réellement constitué pour autant de couleurs simples, qu'il y a de réfrangibilités, ou s'il est formé par une trinité de trois spectres, rouge, jaune et bleu, superposés, et dont le maximum d'intensité correspond à des points différents."

La publication d'époque intitulée Machines et Procédés (...) signale l'occurrence de ce brevet :

   Titre et texte publiés, Ensemble de Tomaison E.2, Tome 106, pages 3 à 9

   Voir aussi le guide des références bibliographiques (in English ?)

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© Constantin IMBS février 2007